Il y a des moments dans la vie où chacun de nous s'égare.

Nous avons tous nos passages à vide, nos expériences étranges avec l'au-delà, nos opinion sur la conditions des singes en amazonie (pour peu qu'il y en est) ou bien notre conviction que 1/ on a été adopté et donc 2/ le destin qui nous attend est bien plus important qu'on ne veuille bien le soupçonner : Neil Gaiman, c'est moi. Bien sur, ces instants de vide intense ou de débilité profonde nous pousse à agir de manière bien... étrange... Mais ils sont rapidement oubliés, balayés par le souvenir de notre quotidien et les petites choses qui font que la vie est belle, bla bla bla. Mais il y a également des indices très précis, qui nous permettent de nous souvenir avec aisance que - à ce moment là de notre vie - on a glissé sur une banane. On a raté le virage. On s'est laissé allé, bref, nous n'étions pas nous même.

Et vu l'indice découvert, on regrette...
Alors on cache avec perfidie la chose en question.

C'est ainsi que récemment, alors que je cherchais de quoi me vêtir pour partir au boulot, je suis tombée de haut. Un vêtement, appelons-le par sa détermination première même si j'ai des doutes, était sagement plié dans mon armoire. Intriguée, je soupèse la chose, la tate, la déplie. Et PAF, le souvenir. C'est un pull que j'ai fais acheter à ma mère, il y a un ou deux ans - quoique je voudrais bien rajouter quelques années pour ne pas avoir à me dire que ce machin faisait parti de "mes goûts" de l'époque récente...
Que je vous décrive l'engin : Il s'agit là d'un pull à col roulé avec les manches retroussées, donc "à manches roulées", le tout de couleur rouge/bordeaux. Assez basique donc. MAIS, le reste du pull, c'est-à-dire le dos, les manches, le torse est un ensemble de trous. Imaginez un pull sur lequel on aurait tracé des traits (en forme de je sais pas quoi, mais pas des traits droits) et que l'on aurait conservé et fabriqué QUE ces traits. Je sais pas si je suis claire... Mais bon, pas simple à décrire le machin. Je me demande même qui est la personne qui a inventé ce concept. Parce que, of course, s'il fait moins 20°, ce pull ne vous sert à rien. Top La classe. C'est d'ailleurs ce que je me suis dit lorsque je l'ai vu sur le mannequin de la redoute ou des 3 suisses. La fille blonde, nonchalamment adossée au mur pourpre, regardant l'objectif en se tenant les bras du style "oh je suis une pauvre chose égarée par la vie qui se sent bien dans son pull à trou mais à col roulé" - m'a roulée.

J'ai mis cette serpillière une fois, j'ai même osé sortir avec, en tenant la main de mon chéri - je me dis que dans des moments là, soit il se fout de comment je m'habille, soit il a honte de rien, soit il est courageux et il m'aime fort.

Mais quand même... Qu'est-ce qui m'a fait tilté sur ce pull ? Quel est le déclic qu'il y a eu dans mon cerveau pour que je me dise "oua c'est joli !" en me voyant dans le miroir ? A moins que je n'ai eu une période je-me-déguise-en-bonbonne... Je ne comprends pas. Me serais-je laissé abuser par des soldes qui valaient vraiment le coup et qui pourtant, question présentation et mise en valeur, étaient inversement proportionnées ? Que s'est-il passé ? Moi qui, malgré mes antécédents de garçon manqué, je me résous à assumer pleinement ma féminité ; moi qui aime bien être à l'aise dans mes fringues, mais qui ne sors pas (plus) débraillée - il y a eu un bug dans la matrice. Une ligne de code à merdée. Elle a inversée "élégance/raffinement" avec "tape toi la honte ma cocote".

Ce qui me rassure (un peu), c'est que toute fille qui se respecte possède au moins UN vêtement maudit. (Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les magasins féminins) Un secret de tissu, de coton et de polyester enfoui sous une pillasse d'autres fringues beaucoup plus classe, ou du moins, beaucoup plus "normale". Une erreur de jeunesse, ou plus récente, cela dépend du dernier "passage à vide". Mais pourquoi ce besoin quasi compulsif d'acheter un truc que nous ne mettrons pas ? Car soignons claires, on ne va pas le mettre, on ne le mettra plus et on espère surtout que personne ne tombera dessus. Pourtant on le garde. Mais jusqu'à quand ?
Jusqu'au prochain déménagement. Car si vous emménagez, hors de question que votre homme tombe sur l'horrible chose. Enfin, ça se trouve il prend ça pour un chiffon et vous êtes sauvée. Ou jusqu'au prochain nettoyage de printemps. Hors de question d'avouer distinctement que vous avez choisi ce truc. Ou à l'hiver suivant, quand il faut aller chercher les nouvelles fringues mises de côté. Il part donc directos à la poubelle ! Sur ebay, si vous êtes confiante, à Emmaüs, si vous êtes inconsciente.

Ces fringues moches, et carrément "pas vous" conservées des années... alors pourquoi ?
Pour pouvoir les jeter pardi !! Pour pouvoir les donner, les faire passer de "votre espace" à celui des autres. Autrement pour avoir la sensation de faire du tri, dans les meubles, dans la tête. Vous serez alors bien contente de savoir qe vous avez réussi à laisser votre passé d'ado sans goût/ d'ado avec des goûts moches/ votre passé tout court - derrière vous. Vous avez évoluée. You level Up !

Congratulations ! *Next level*

Et c'est reparti pour un tour- à quand les prochaines soldes ?