Je suis allée à un colloque sur l'engagement en littérature de jeunesse. Les conférences m'ont profondément ébranlées.
Etant moi même grande lectrice, et faisant en plus des études de Lettres (en DEA); je n'ai pu m'empêcher de m'interroger sur l'avenir du livre et du lecteur. Je voulais faire part de mes interrogations sur ce sujet qui mérite d'être traité (et ce plus amplement encore que je ne le fais). Parce qu'après avoir été à ce colloque, j'ai eu comme un arrière-goût...
Mais, je vous laisse juger et critiquer !



D'après ce que j'avais pu entendre dans les conférences... il était dit qu'il y avait une volonté réelle de vouloir changer le monde par l'écriture. Qu'il est question du pouvoir de l'écriture et du livre. C'est vrai que lorsque l'on remonte un peu dans le temps, l'écriture a toujours eu de grands rôles dans la construction de l'Histoire.
Pourtant, y a un truc qui me chiffonne. Aujourd'hui, on est noyé sous une masse de plus en plus importante de livres. on ne parvient plus vraiment à faire un choix précis et personnel. La publicité, le tapage médiatique nous guident trop souvent dans nos lectures (j'en suis la première victime d'ailleurs).

Face à ce constat, comment peut on encore parler du pouvoir de l'écriture si les textes essentiels (qui mettent à mal le monde établi) ne passent pas la barrière de la masse éditée ???

On parle d'engagement, de livres pour les enfants qui doivent leur montrer le monde tel qu'il est et le pouvoir qu'ils ont de le changer. Encore une fois, il faut que l'enfant puisse lire ces livres qui offrent un regard différent sur la société.

Parce qu'il y a un réel problème de censure interne et externe, un problème de surproduction, un problème du public visé qui ne peut pas toujours lire / découvrir ces textes dits formateurs. On se trouve face à une frustration du lecteur qui ne lit pas ce qui lui était destiné.

J'ai fini par me demander si tous ces livres qui ne sont pas lu par le public destiné n'étaient pas vain ?



Autre chose...
Je trouve qu'il y a un réel enfermement du lecteur, un déni des gens sur leurs lectures. Combien parlent des livres qu'ils ont lu? Combien font partager leurs lectures? Combien arrivent seulement à exprimer ce qu'ils ont pu ressentir en lisant? Parvient on à décrire ses choix, ses coups de coeur ou de dégoût? A t on un esprit critique sur nos lectures ? L'objectivité existe t elle ?

C'est vrai qu'on parle de littérature comme moteur de changement du monde. Pourtant, les études de lettres sont très souvent dénigrées, laissées pour compte, elles paraissent souvent comme non essentielles (on me l'a dit plusieurs fois). on dit qu'il y a plus important. Et en même temps, on fait l'apologie des écrivains, des "grands"...

Quel étrange paradoxe!
Je ressens ce déni de la littérature comme une exclusion du groupe social.

On peut rétorquer qu'il existe divers magazines littéraires. mais, ils sont assez peu nombreux et sont ils beaucoup lu? ils sont largement spécialisés et moi-même je m'ennuie facilement quand je les lis... (si si, je fais un DEA de lettres, autre paradoxe).

Il existe aussi de nombreux prix littéraires, mais la plupart ne sont que de vastes opérations commerciales. le goncourt en est un exemple flagrant où les plus grandes éditions se partagent annuellement le prix... ca assure les ventes.



Au cours des débats, il y a eu aussi un moment où Pef (vous connaissez surement... Le Prince de Motordu par exemple) disait que la musique avait prix un grand pas en avant par rapport à la lecture.
Je me suis demandée pourquoi on était plus attirée par la musique (toujours ou presque en rupture avec ce que la génération précédente écoute et aime). Si la musique est autant appréciée, n'est pas justement parce qu'on peut l'écouter? que l'on peut se laisser porter par les paroles, les voix, les sonorités? c'est tellement plus faicle de s'isoler pour écouter sa musique plutôt que lire. on peut le faire à peu près n'importe quand. hop, un casque sur les oreilles et nous voilà dans notre cocon. coupé du monde... ou peut etre avec le monde... je sais pas.

à côté de ca, je trouve qu'il y a un manque réel avec la lecture. si on peut partager la musique en l'écoutant (ou en chantant) à plusieurs, le livre le permet beaucoup moins. C'est vrai que les séances de lectures se développent (même si c'est encore timide), n'est ce pas parce que justement l'isolement du lecteur devient intolérable?

Le passage par la parole apporte beaucoup plus que le simple fait de lire dans sa tête.
Une voix nous guide, nous transmet plein de sentiments, c'est ce qui crée (me semble t il) un texte qui deviendra réellement essentiel. Combien de fois j'ai relu un texte (au moins des extraits) à haute voix tellement ils me paraissaient plus vivants, et c'est là qu'on découvre ce qu'est la littérature qui transporte...

Alors, après tout, pourquoi apprendre à "lire dans sa tête" --> on dit aux enfants de ne pas lire à haute voix. que ca fait "grand" (adulte?) de lire sans parler.

N'est ce pas plutôt mettre à jour un manque réel que l'on a créé par cette perte de la parole? par ce cloisonnement du lecteur? Parce que ca devient une activité totalement individuelle/autonome. l'échange n'est plus. la discussion est tellement plus difficile à lancer.

Il me semble que la musique permet de ne pas avoir cette barrière du silence. le lien est tissé dès les premières mesures. quand j'y pense, la musique sur partition ne parle pas et ne prend d'intéret qu'à partir du moment où on l'entend.

Alors, à un tout autre niveau... les SMS ne prouvent ils pas que l'écriture est toujours présente? d'ailleurs, c'est amusant de voir que l'on écrit les sons... ("il fê bo" par exemple). Internet aussi permet de s'exprimer par l'écriture. elle est d'ailleurs omniprésente... il y a meme nombre de sites (comme Ciao...) qui sont totalement dédiés aux avis des internautes qui s'expriment par écrit. d'ailleurs les lecteurs sont souvent en attente d'avis argumentés et exprimés de manière claire --> de facon à ce que l'information circule le mieux possible.

Oui, bien sûr, il existe des portes de secours qui réouvrent les portes de la littérature. Mais, je pense que la littérature en tant que telle, évoluera nécessairement beaucoup. Trop de livres, trop d'écrits tue l'écrit. A contrario, limiter les publications revient à museler la parole et les pensées.

Je trouve qu'on est dans un système un peu étrange. et je me perds complètement dans ces réflexions. Parce que, à quoi ca sert d'écrire si on n'est pas lu, si on est mal compris ou incompris? à quoi ca sert d'écrire si le public visé ne lit pas nos livres et seulement des critiques qui dévalorisent le texte?
Je vous remercie de m'avoir lu.
En tout cas, que cela ne vous empêche jamais de lire!!!

Bien amicalement

Gala